Halimatou (nom d’emprunt), est meurtrie. A 36 ans, elle n’a toujours pas accouché après 10 années de mariage. « Je ne sais plus quoi  faire. J’ai tout essayé. J’ai couru partout à la recherche du remède, mais jusque-là sans résultat favorable », raconte-elle au bord des larmes. 

A Ngaoundéré, l’accouchement est un impératif pour les femmes mariées. Ici, les femmes stériles ne sont pas respectées. Au quotidien, Halimatou essuie des critiques et encaisse des coups. « Il y deux ans, ma belle-mère a demandé à  son fils de me renvoyer ou de prendre une seconde épouse. Ma belle-famille me traite de sorcière. Comme si  c’est moi qui ne veut pas accoucher ». Se désole la jeune femme, avant de s’assoir sur sa machine à coudre. En effet, elle a appris la couture depuis deux ans. Elle gagne en moyenne 3 à 5 milles francs par habit cousu, selon le modèle. Ses économies, elle les utilisent pour acheter les remèdes. « Quand j’économise un peu d’argent, je cherche à résoudre mon problème. Mon mari m’aide beaucoup, il ne cesse de m’encourager et me demande d’avoir foi en Dieu. Il me donne espoir ». Fadi, l’une de ses apprenties de 25 ans qui vient régulièrement apprendre la couture poursuit : « dernièrementelle a passé deux semaine à Garoua. La bas, elle s’est fait opéré dans un hôpital ».

Dans la région de l’Adamaoua, elle a rencontré plusieurs guérisseurs traditionnels. « On a marché partout dans  la région, jusqu’au niveau des frontières avec le Nigeria. On a tout essayé, la médecine conventionnelle et traditionnelle, mais en vain »souligne Alhadji Issa, le mari de Halimatou. Et d’ajouter « ma femme est forteQuand une femme vie deévènements comme ceux-ci, elle mérite le soutient de tout  le monde. Je vais lui donner mon soutien moral et financier je suis sûr que ça va marcher tôt ou tard ».  

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Si l’époux de Halimatou s’interdit de renvoyer sa femme, celui d’Aissatou n’a pas hésité. Elle s’était mariée en  2010, et pourtant elle n’avait que 16 ans. «Je voulais au moins avoir le baccalauréat, mais J’étais en classe de 2nde  quand on m’a envoyé en mariage », se souvient-elle tristement. Douze années plus tard, ce mariage n’existe plus. En 2012, elle a fait sa première fausse couche et au fil des années, la situation s’est compliquée pour elle. A date, elle ne pourra plus procréer. « Depuis ce temps à chaque fois que je tombe enceinte, c’est une fausse couche. Et les  docteurs m’ont dit que je suis devenu stérile, je ne vais jamais accouche ». Murmure-t-elle en larme

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« Il a pris une autre épouse avant de me renvoyé »

Aissatou est rejeté par sa belle-famille. Après l’annonce faite par les médecins elle a perdu le sommeil et le rêve de devenir mère s’est brisé. Brisé, c’est aussi l’amour entre elle et son mari. « Je ne dormais pratiquement plus en peu de temps j’ai perdu beaucoup de poidsIl ne m’aime plusIl a pris une autre épouse avant de me renvoyé ».

Dans la région de l’Adamaoua, deux femmes sur dix sont stériles, et ces chiffres sont en progression. Pour réduire à défaut d’arrêter cette progression, l’Etat et plusieurs associations multiplient les campagnes de sensibilisation. C’est le cas de GOWA (gogettrers women in Africa), association  qui œuvre pour la protection des intérêts de la femme. A travers les causeries éducatives, l’association a redonné le sourire et le goût de la vie à plusieurs femmes de la ville de Ngaoundéré. « Il s’agit pour nous d’accompagner nos sœurs en situation de détresse à travers des causeries interpersonnelles. Nous leurs accompagnons dans la formation professionnelle ». Souligne Rekiatou Moussa, Présidente de la GOWA. 

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Pour le personnelle médical, l’infertilité est un phénomène scientifique. Il encourage les femmes à fréquenter les formations sanitaires.

Amadou Bello